Viens l’anxiété, je t’attends

Nous pensons souvent que l’anxiété est un état émotionnel que nous ne devrions jamais connaître et nous soutenons cette idée avec des phrases comme “sentir que l’anxiété est faible”, “vous deviendrez fou à cause de votre anxiété” et “Si on est anxieux, les autres le remarqueront et penseront du mal”. Tout provient généralement d’une situation problématique dans notre vie, d’une condition que nous percevons comme une menace. En l’interprétant de cette manière, nous mettons en branle toute une série de mécanismes physiologiques qui nous préparent à nous échapper ou à lutter contre ce qui nous menace. C’est la fameuse réaction de combat ou de fuite.

Le problème est qu’à cette question primaire, on ajoute presque toujours une question secondaire : on finit par être anxieux parce qu’on est anxieux. C’est comme si nous étions intimidés par notre propre peur et c’est alors que nous nous retrouvons coincés dans un cercle vicieux dont il nous est difficile de sortir.

L’anxiété, qu’est-ce que c’est ?

C’est un trouble émotionnel qui se manifeste par un sentiment d’insécurité. L’anxiété est caractérisée par un sentiment d’appréhension, de tension, de malaise et de terreur face à un péril de nature indéterminée. Elle est souvent exprimée par le patient sous les termes de nervosité ou de soucis. L’anxiété doit être distinguée de la peur qui répond à une situation menaçante réelle. On différencie :

  • Le trouble panique correspondant à des crises d’angoisse aiguës survenant de manière périodique ;
  • L’anxiété permanente, une trouble anxiété généralisée ;
  • La névrose d’angoisse affectant les sujets de manière durable.

Cette distinction est importante car les traitements sont différents. Le trouble panique bénéficie d’un traitement préventif de la survenue des crises par les antidépresseurs alors que l’anxiété généralisée est accessible aux tranquillisants classiques comme les benzodiazépines mais pendant des périodes courtes pour éviter des phénomènes de dépendance.

Les troubles anxieux sont fréquents, ils affecteraient environ chaque année 2 à 8 % de la population adulte et seraient plus fréquents chez les femmes. L’âge moyen de survenue des premiers symptômes se situe entre 20 et 30 ans.

Les signes de l’anxiété

L’anxiété peut être normale, voire nécessaire à la vie par sa fonction adaptative, ou au contraire pathologique et invalidante. Les limites entre la réaction anxieuse normale qui mobilise le sujet pour affronter une situation difficile et l’anxiété pathologique, sont floues. On considère en général que l’anxiété est normale lorsqu’elle est bien tolérée par le sujet, qu’il peut la contrôler, qu’il ne la perçoit pas comme une souffrance excessive, qu’elle n’a pas de retentissement sur sa vie quotidienne et qu’elle est peu somatisée.

L’anxiété normale est l’expérience que chacun de nous a vécue : peur avant un examen, inquiétude pour la santé d’un parent et réactions anxieuses lors d’accidents, de catastrophes. L’anxiété est ainsi une émotion utile. C’est une réaction psychologique au stress. C’est un état qui fait partie de nos réactions d’adaptation aux stimulations extérieures en nous permettant de mobiliser notre attention, d’élever notre vigilance dans des situations de nouveauté, de choix, de crise ou de conflit.

L’anxiété est anormale quand :

  • Elle n’est plus liée à des événements de la vie et qu’elle survient sans raison ;
  • Elle devient un état permanent ;
  • Elle perd sa fonction d’aide aux changements de la vie et elle favorise davantage la répétition ou la limitation des comportements que les possibilités d’adaptation du sujet ;
  • Elle est une souffrance aboutissant à une demande de soins ;
  • Elle s’intercale entre des attaques de panique ou elle s’associe à des états névrotiques, psychotiques ou hypocondriaques ;
  • Elle se complique d’états dépressifs ou de phénomènes de dépendance (pharmacologique, alcoolique, toxicomaniaque, relationnelle).

Pourquoi craignons-nous notre anxiété ?

Toutes les peurs sans fondement découlent de ce que l’on appelle les croyances irrationnelles, des vérités exagérées qui ont la prétention de l’absolutisme et qui nous ont été inculquées tout au long de notre vie, jusqu’à ce qu’elles deviennent nôtres. Par conséquent, la peur de l’anxiété n’en est pas moins présente. On nous a dit des choses comme “il faut être fort”, “l’anxiété peut vous tuer ou vous rendre fou”, “les personnes intelligentes et fortes ne sont pas anxieuses” et “l’anxiété vous éloigne des autres”.

Heureusement, ces croyances ne sont pas réelles. L’anxiété est une émotion fondamentale et primaire : tous les animaux en font parfois l’expérience dans la vie. C’est d’ailleurs grâce à cet état d’esprit que nous avons pu survivre en tant qu’espèce et en tant qu’individus. L’anxiété, par conséquent, dans une certaine mesure et à certains moments n’est pas mauvaise. Il pense différemment et se transforme souvent en un démon incontrôlable. Elle ne tue pas, elle sauve nos vies et ne nous rend même pas moins forts ou plus vulnérables : elle nous rend plutôt humains.

Faire face à l’anxiété

Si vous voulez être moins anxieux, la première étape est de ne pas l’être. Cela semble contradictoire, mais en psychologie, le paradoxe est présent dans de nombreuses situations. C’est-à-dire que si vous vous forcez à ne pas ressentir d’anxiété, dans le sens où vous prétendez ne pas en tolérer ne serait-ce qu’un peu, vous n’obtiendrez finalement rien d’autre qu’une plus grande anxiété. Vous aurez le sentiment de ne pas avoir répondu à vos attentes, qui, par ailleurs, sont irréalistes. L’exercice mental que vous devez faire est de passer de l’idée de besoin à l’idée de préférence, c’est-à-dire de tolérer que, étant humains, nous ressentions souvent de l’anxiété dans notre vie. Rien de bon ou d’hostile, juste quelque chose de normal.

D’autre part, nous devrions cesser de considérer l’anxiété comme une émotion horrible et insupportable. Certes, les symptômes physiologiques résultant d’un tel état peuvent être extrêmement gênants et désagréables, mais ce sont des sensations qui peuvent être ressenties même pendant une journée de chaleur excessive ou lorsque vous avez de la fièvre ou des maux de tête. Le dernier aspect concerne l’acceptation inconditionnelle de soi-même en tant que personne imparfaite. Être anxieux ne signifie rien de plus que cela, il n’y a pas beaucoup de choses à faire. Cela ne signifie pas être faible, malade ou inférieur aux autres.

En fin de compte, regardez l’anxiété dans les yeux, laissez-la venir à vous, ressentez-la, embrassez-la, dites-lui qu’elle vous dérange un peu, mais qu’au final vous ne vous sentez pas si mal ensemble. Ce n’est que lorsque vous faites tout cela avec de réelles intentions que vous pouvez vous en débarrasser.

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